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CIDIHCA - Centre International de Documentation et d'Information Haitienne, Caribéenne et Afro-Canadienne

Le rire de Dieu ou le ricanement de Satan?

Dieu ne rit jamais, ni dans l'Ancien Testament ni dans le Nouveau. Dieu réprouve le rire. Quand Cham a ri, il a été châtié: exilé dans le désert, il a été brûlé par le Soleil. C'est l'ancêtre des Nègres. Ce fut le rire le plus funeste de l'histoire de l'humanité. Parce que Cham a ri, toute une race a été punie. Quand Sarah a ri, Dieu s'est fâché, et elle a dû se défendre d'avoir ri. «Je n'ai pas ri, Seigneur!». Abraham était effrayé.

André Breton – était-ce quelqu'un d'autre? – avait observé que l'ironie, c'est-à-dire, en fin de compte, en bout de ligne, le rire sinon le sourire, ne peut être que le fait d'un peuple civilisé ou de quelqu'un de très civilisé. Un sauvage, peuple ou individu, ne rit pas.

God’s laugh or Satan’s sniggering?

God never laughs, neither in the Old Testament, nor in the New one. God reproves the laughter. When Cham laughed, he was castigates: exiled in the desert, he was burnt by the sun. He is the ancestor of the Negros. It was the grievous laughter in the history of humanity. Because Cham laughed, a whole race has been punished. When Sarah laughed, God got mad, and she had to defend herself from having laughed. “I did not laugh, Master!” Abraham was terrified.

André Breton- Was it someone else? - had observed that irony, at the end of the line, i.e. the laughter if not the smile, can only be the fact of civilized people or of someone very civilized. A savage, the mass or individual does not laugh.

Dieu doit bien rire quand Il entend les histoires des Haïtiens. Il doit rire de ce rire de dérision qui terrifiait Augustin. Il rit – « Bon Dieu rit » ! – d'autant plus qu'Il sait que ces histoires sont le fait d'un seul : de la même façon qu'il y a un seul Dieu au ciel et un seul prince sur terre, il y a un seul conteur au ciel et un seul historien sur terre, surtout sur la terre d'Haïti.

Comme dans les autres déploiements de la parole, l'historiographie haïtienne présente une telle unité qu'on doit croire qu'un seul historien a écrit toutes les histoires d'Haïti.

Quelle est cette fatalité qui fait que, depuis le temps des origines, ceux qui en Haïti s'approprient le rôle de transformer le temps en récit, les Ardouin, Madiou, Nau, Timoléon Brutus, Vergnaud Leconte, Pauléus Sannon, Dantes Bellegarde, tous les autres, y compris la plupart de ceux d'aujourd'hui, avatars de l'Historien unique, ceux-là content inlassablement la même chronique, celle concernant la même classe sociale, celle des gens « du dedans », ces gens du dedans qui sont seuls à parler ? Dieu rit, et c'est peut-être à propos d'Haïti seule qu'Il rit : Fin dialecticien, davantage que l'une de Ses créatures qui, croyant imiter les pratiques du Camarade Dieu, a inventé cette horreur philosophique, cet objet volant métaphysique non identifié qu'est l'autocritique, Il doit se demander, Lui qui - Son ultime ruse ! - a créé Satan, Son contraire, Son double inversé, Dieu, donc, doit se demander comment, pourquoi, en Haïti, c'est toujours le Même qui se répète, et Il s'étonne : « Mais où, en Haïti, est l'Autre ? »
Où est Satan ?

God must be laughing when he hears the stories of Haitians. He must laugh at this laughter of derision which terrified Augustin. He laughs – “God laughs!” – especially that he knows that these stories are the occurrence of the only one: the same way that there is only one God in the sky and only one prince on earth, there is only one narrator in the sky and only one historian on earth, especially on Haiti’s soil.

Just like in the other displays of speech, the Haitian historiography presents such unity that one must believe that only one historian wrote all the stories of Haiti.

What is this fatality which makes that, since the time of the origins, those in Haiti who appropriate themselves with the role of transforming time into tales, the Ardouin, Madiou, Nau, Timoléon Brutus, Vergnaud Leconte, Pauléus Sannon, Dantes Bellegrade, all the others, including the majority of those of today, avatars of the single historians, those that narrate endlessly the same chronicle, those concerning the same social class as those people “from the inside”, these people from the inside that are the only one to talk? God is laughing, and perhaps he might only be laughing at Haiti: Dialectician end, more than one of its creatures which, believing to imitate the practices of the Comrade God, invented this horrified philosophy, this metaphysical flying object non identified that is self-criticism. He must ask himself, him who – his ultimate wile! – created Satan, his contrary, his inverse double; God, in fact, must ask himself how, why, in Haiti, it is always the same that is rehearsed, and he dazzles himself: “ But where, in Haiti, is the other?”
Where is Satan?

Avec dans la voix ce qu'il faut de crainte et de tremblement, la même crainte et le même tremblement qu'il y avait dans celle de saint Augustin quand il s'adressait à Lui, on pourrait risquer une réponse : « Seigneur ! L'Autre, en Haïti, est bâillonné, il ne peut s'exprimer. Ceux qui, en Haïti, ont la charge de conter la suite et l'agencement des temps, les historiens, ne donnent la parole qu'au Même ! » C'est le Même qui se répète, sans fin, infatigablement, sans désemparer… C'est le Même qui s'arroge le droit de parler pour l'Autre, de parler au nom de l'Autre.

L'Autre, en Haïti, quand on le nomme, c'est du bout des lèvres : les Lamour Dérance, les bandes de Sans-Souci, de Petit Noël Prieur, les Cacos, les Piquets : tous des exclus, des gueux, des « moun an déo » quoi ! Les habitants du pays parallèle… Il ne faut surtout pas leur donner la parole : leurs mots provoquent des maux ! Leurs mots menacent la société ! Oui, ce sont les historiens qui ont appris aux « élites » haïtiennes à penser en ces termes des « moun an déo ». Les historiens haïtiens ont construit l'idéologie qui justifie le mépris des « élites » haïtiennes pour les petites gens. Ils ont légitimé le mépris des « Élites » pour le peuple. N'est-ce pas normal ? Ils font partie, dans leur majorité, de ces « élites »…

In his voice there is the necessary fear and tremor, the same fear and the same tremor that was in Saint Augustin’s voice when he was addressing him, one could risk an answer: “Lord! The Other, in Haiti, is muzzled, he cannot express himself. Those which, in Haiti, have the responsibility to tell the continuation and the organization of times, the historians, give the word only to the Same!” It is the Same oen that is repeated without end, tirelessly, without disabling… It is the Same one which assumes the right to speak for the Other, of speaking in the name of the Other.

The Other, in Haiti, when named, is from the tips of the lips: the Lamour Dérance, the groups of San-Souci, of Petit Noel Prieur, The Cacos, The Piquets: all excluded, the beggars, the “outside people”. The inhabitants of the parallel country… The word should not be given especially to them: their words provoke evils! Their words threaten the society! Yes, the historians are the ones who taught the Haitian “elites” to think in these terms of the “outside people”. The Haitian historians have built the ideology that justifies the contempt of Haitian “elites” for common people. They legitimated the contempt of the “Elites” for the people. Isn’t this normal? They are part, in their majority, of these “elites”…

Ceux qui ont structuré les mythes fondateurs d'Haïti ont mis l'accent sur le Héros. Ils ont ignoré le peuple. Ils ont imposé une vision tranchante de l'Histoire d'Haïti. Cela faisait l'affaire des Héros et de leurs descendants. Ils nous ont fait croire que l'histoire des origines se résume au fourmillement de quelques lignées. De sorte que jusqu'à présent, l'histoire de ces petites gens se présente comme l'histoire en creux des « élites ». Or le peuple existe en soi… Ils sont rares, en Haïti, les historiens qui ont répercuté les dires des opprimés. Heureusement qu'ils existent ! Qu'ils se rassurent ou qu'ils s'inquiètent : ce grondement vaste et sourd qu'ils entendent, ce n'est pas le rire de Dieu, c'est le ricanement de Satan.

Those who have structured the myths founders of Haiti put the accent on the hero. They ignored the people. They imposed a sharp vision of the history of Haiti that made the deal of the heroes and their descendants. They made us believe that the history of the origins is summarized by the swarming of some lines. So that until now, the history of these common people is presented as a history in hollow of the “elites”. Yet the people exists in itself… They are rare, in Haiti, the historians who reflected the statements of the oppressed. Fortunately they exist! Whether they are reassured or that they are worried. This vast and deaf rumble they hear, it is not the laughter of God, it is the snigger of Satan

Le CIDIHCA présente des photos de quelques historiens haïtiens qui ont balisé notre imaginaire

CIDIHCA presents pictures of some haitian historians who marked out our imaginary.

Ecrivains / Writers

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