Logo Cidihca

CIDIHCA - Centre International de Documentation et d'Information Haitienne, Caribéenne et Afro-Canadienne

Écrivains

HEUREUSEMENT QU'IL Y A LA LITTÉRATURE

Dans les pays qui ont accompli leur révolution industrielle, c’est, dit-on, la philosophie qui décide des formes de la Liberté et du Pouvoir, c'est elle qui délimite et limite leurs territoires. Dans les pays dont les structures restent agricoles, c'est, assure-t-on, la religion qui légitimerait l'Autorité et la Licence. Dans les pays industriels, tout pouvoir vient de la Raison. Dans les pays préindustriels, tout pouvoir viendrait encore de Dieu : ce serait le mythe qui encadre les discours et les décisions des Haïtiens et non la raison, laissée dans l’antichambre du tribunal de la nécessité ; c’est lui, le mythe, qui ordonnerait les contours de notre Histoire. Le mythe serait la grammaire de nos convulsions, de notre Histoire.

Writers

Fortunately there is literature

In the countries that have accomplished their industrial revolution, it is, one says, the philosophy that decides on the forms of freedom and of power, it is her that demarcates and limits their territories. In the countries whose structures remain agricultural, it is, one assures, the religion that would legitimize the authority and the licence. In the industrial countries, all the power comes from the Reason. In the pre-industrial countries, all the power would still come from God: That would be the myth that surrounds the Haitians: speeches and decisions and not reason, left in the waiting room of the tribunal of necessity; it is him, the myth, that would align the contours of our history. The myth would be the grammar of our convulsions, of our history.

C’est, justement, cette Histoire qui est interrogée ces jours-ci. On ne reconnaît même pas à Haïti le droit de se dire une nation. Notre réel ne serait même pas composé de ces fameux « contrastes solidaires », et l’unité haïtienne ne serait qu’une « synthèse instable ».

Cela peut paraître vrai : d’autant plus que l’hypertrophie, ces jours-ci, en Haïti, de la politique qui envahit tout, qui occupe tous les recoins de nos différentes mouvances, de nos moindres frissons, qui empêche de penser à rien d’autre, qui interdit de savourer la caresse du vent sur notre visage ou celle des vagues venant sur la plage lécher nos pieds, occulte tous les domaines de notre vérité. Elle fait de nous des êtres unidimensionnels.  Elle nous enlève jusqu’au droit de nuits tranquilles et rêveuses, jusqu’à l’ambition à laquelle tend toute activité humaine, celle de n’avoir aucune activité. Il y a en Haïti tant de versions de la réalité qu’on ne sait plus reconnaître les signes. On ne sait plus les interpréter. Cette hypertrophie de la politique nous empêche de voir qu’il existe des moments où, au nom même de la politique, on doit cesser de faire de la politique.

It is, precisely, this history that is questioned these days. One does not even recognize to Haiti the right to call itself a nation. Our reality would not even be composed of these famous "interdependent contrasts", and the Haitian unity would be nothing more than an "unstable synthesis".

This could appear true: as much as the hypertrophy, these days, in Haiti, of politics that invades all, that occupies all the nooks of our different pathos, of our merest shivers, that prevents from thinking about anything else, that bans from savouring the caress of the wind on our face or the one of the waves coming on the seashore to lick our feet, obscures all the domains of our belief. She makes of us, unidimensional beings. She subtracts us to the right of calm and dreamy nights, until the ambition to which any human activity tends- that of not having any activity. There are in Haiti so many versions of the reality that one no longer knows how to recognize the signs. One no longer knows how to interpret them. This hypertrophy of politics prevents us from seeing that it exists moments where, even in the name of politics, one has to stop doing politics.

Il faut reconnaître que, en Haïti, l’historique – à part « la geste de Mille huit cent quatre » - l’économique, le social, ont échoué. Si nous devions compter sur eux pour nous faire un nom, nous serions restés des anonymes.

Là où l'historique, l'économique et le social ont échoué, l'Art a réussi. C'est l'Art qui présente nos lettres de créances à la société des nations, c’est lui qui nous permet d’imprimer nos glyphes sur le temps. Et c’est lui qui donne hospitalité à la modernité. L’Art est le vêtement que met en Haïti l’être pour aller dans le monde. Il est la soie qui accentue la présence et le chatoiement de l’être haïtien. Si pauvre peut-il être, si pauvre que les « autres » pensent qu’il soit.

Et l’art n’est pas que la danse de la logique : face au désarroi de notre pauvre réel, la peinture, la musique, la littérature lui rendent sa cohérence. Elles conspirent au sens de notre histoire. Elles structurent le réel et, du coup, notre imaginaire. Le peintre, le romancier, le poète - même, et surtout, le conteur et le samba anonymes et analphabètes des soirs de veillées paysannes - nous relatent des histoires, des histoires qui lisent le monde, qui disent le monde, et sans les histoires, nous serions comme un ordinateur sans logiciel : une quincaillerie vide.

Les histoires nous permettent de fonctionner,  elles recréent un monde où la consistance est plus visible que dans le monde « réel », non pas un fragment de monde, mais un monde complet, ayant en lui tous ses tenants et aboutissants, un monde achevé que décode la loi que notre esprit, grâce aux histoires, tend à y introduire.

On le voit : l’art n’est pas qu’un hochet entre les mains du Pouvoir, et les artistes ne sont pas que des amuseurs publics, bien qu’ils divertissent, ce sont eux qui nous délivrent notre carte d’identité, qui forgent cette identité. Et, c’est l’art qui ôte de nos épaules la chape horrible de l’angoisse. Souvenons-nous d’eux avec émotion, avec gratitude. Surtout maintenant. Surtout ces jours-ci.

It should be acknowledged that, in Haiti, history - apart from "the gesture of eighteen hundred and four"- the economy, the social, have failed. If we had to count on them to make a name, we would have stayed anonymous.

Where history, the economy and the social have failed, Art succeeded. It is the Art that presents our letters of credit to the society of nations; it is him that allows us to print our glyphs over time. And it is him that gives hospitality to modernism. Art is the garment that the being wears in Haiti to go out in the world. It is the tang that emphasizes the presence and the shimmer of the Haitian being. As poor can he be, as poor that the "others" think he is.

And Art is not only the dance of logic: faced with the distress of our poor reality, painting, music, and literature return its coherence to him. They conspire to the meaning of our history. They structure the reality and, of course our imaginary. The painter, the novelist, the poet- even, and especially, the storyteller and the anonymous samba and the illiterates from the peasants evenings- recount us stories, stories that read the world, that tell the world, and without the stories, we would be like a computer without software: an empty hardware store.

The stories allow us to function, they recreate a world where consistency is more visible than in the "real" world, no not a fragment of the world, but a complete world, having in him all its ins and outs, a world accomplished that decodes the law of our spirit, thanks to the stories, tends to introduce there.

One sees it: the art is not a rattle in the hands of power, and the artists are not only public entertainers, although they entertain, it is them that deliver us our identity card that forge this identity. And, it is the art that removes from our shoulders the horrible burden of anguish. Let's remember them with emotion and gratitude. Especially now, especially these days.

Le CIDIHCA a tiré, de sa photothèque, les photos de quelques écrivains haïtiens : ils sont aussi importants que ceux qui ont fondé et dirigé ce pays. La place manque pour les montrer tous. Peut-être faudra-t-il y revenir ?

CIDIHCA took, from its library, pictures of a couple of Haitian writers: they are as important as those who have founded and directed this country. Space is missing to show them all. Perhaps would it be necessary to come back to it?

Roland Paret

Le CIDIHCA fait appel à ceux qui possèdent des fonds photographiques. Il ne s’agit pas seulement de photos de « gens riches et célèbres », c’est-à-dire de ceux qui à un degré ou à un autre ont quelque importance dans l’histoire d’Haïti, mais toutes sortes de photos, des photos de famille, de paysages, de rivières, de mornes, de guildives, d’habitations, etc. Nous ramassons tout. Tout nous intéresse. Tout est important pour nous.
CIDIHCA is making a call to all those who have photos. It concerns not only whealthy and famous people, meaning those who at some level have some historical recognition or participation, but al kind of photos: views, family photos, etc... We recover everything as anything is important for us and for building a memory for the community.
Esclavage /Slavery

haut de page / top of page