CIDIHCA - Centre International de Documentation et d'Information Haitienne, Caribéenne et Afro-Canadienne
La communauté haïtienne, forte de 150.000 membres, est bien implantée au Québec et au Canada . Elle a des représentants dans toutes les sphères d’activités culturelles, économiques, politiques, professionnelles et sportives. Nous examinerons ici la pratique du sport chez les Haïtiano-Québécois et son influence sur eux.
VARIETE DE SPORTS
Les sportifs québécois d’origine haïtienne pratiquent plusieurs disciplines sportives pour le plaisir et la performance. Si les immigrants étaient surtout tournés vers le football durant les années 1970, leurs enfants n’ont pas nécessairement suivi leurs traces. Ils se sont dirigés vers les activités populaires au Canada.
On les retrouve bien sûr au foot, mais aussi au hockey sur glace, au football canadien, au baseball, au basket-ball, en athlétisme, en boxe, en kickboxing, en karaté, au judo, au volley-ball, au tennis … Il faut noter que les filles sont de plus en plus nombreuses à revendiquer leur place au soleil du sport . Dans certaines disciplines l’activité se résume à une participation récréative. On joue pour se faire plaisir ou pour garder la forme. On fréquente les salles de gym et on n’a pas peur d’affronter les machines pour pouvoir admirer ses muscles après un certain temps.
Pour d’autres l’entraînement et la compétition sont affaires sérieuses. Remarqués par des entraîneurs, poussés par la famille, supportés par des coéquipiers et même par les autres parents ils rêvent souvent de faire carrière dans le sport qu’ils ont choisi et se voient déjà en train de soulever la foule des stades par leurs exploits.
Tant de sacrifices consentis : club élite, sélections du Québec, équipes nationales du Canada. Mais hélas, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Heureusement certains ont pu, grâce au sport, obtenir des bourses d’études dans les universités américaines. Une fois leur diplôme obtenu, ils entament une vie professionnelle aussi palpitante dans un autre domaine et qui durera plus longtemps.
GESTION DU SPORT.
Plusieurs Haïtiens au Québec se sont illustrés et continuent de le faire, dans la gestion de clubs, de ligue ou de fédération. L’exemple le plus frappant est celle du football. Durant les années 1970 et 1980 des hommes comme Antoine Craan , René Thomas ,Eddy Guillaume ont siégé sur des comités de ligue et de la Fédération québécoise . Puis ce fut le tour des Jean Bernier, Jean-Marie Julien de servir avec compétence et dynamisme de soccer (football) québécois et canadien.
Actuellement travaillent au bureau de la Fédération Max-Eden Joseph, directeur des compétitions, Rudy Doliscat, adjoint au directeur technique, Marie-Maude Prophète, secrétaire. Il faut souligner que Doliscat a gravi tous les échelons. D’abord affilié à un club de quartier, il a fait partie des sélections juvéniles du Québec. Devenu joueur professionnel ,international A au Canada , il était de l’équipe de l’Impact de Montréal qui a gagné le championnat en 1994 .Ayant plus d’un tour dans son sac , il est aussi analyste à la télé lors des diffusions des matches de haute compétition ,coupe du monde , coupe d’Europe …
La capacité de management des Haïtiens du Québec a été mise à l’épreuve en 2003 quand ils ont obtenu le mandat d’organiser un congrès sur le sport haïtien. En cinq mois un comité présidé par Jean Bernier a réuni toutes les compétences disponibles et a réalisé un séminaire dont la réussite fait encore l’admiration des participants venus du Canada, d’Haïti, de New York, de Boston, de Miami, du Connecticut. Les sujets développés étaient : l’Alimentation du sportif ,par le docteur Dominic Maestracci , la Gestion de club et de ligue , par Jean Marie Julien , la Gestion des installations sportives , par Francis Millien , le Journalisme sportif éthique , par Jacques Gagnon , la Préparation physique de l’athlète , par Pierre Mary Toussaint .
LIGUE DE FOOTBALL.
Les Haïtiens de Montréal ont leur propre ligue de football, en accord avec la fédération québécoise. La Ligue AUCHEM, gérée par un comité ayant à sa tête M. Robert Pierre – Louis, est une ligue récréative qui fonctionne tous les week – ends de mai à septembre. Trois à cinq mille spectateurs s’y donnent rendez –vous pour le sport, les rencontres fortuites, les retrouvailles ou même pour draguer. Les équipes ont souvent des joueurs venant d’autres ethnies, qui se mêlent à leurs amis Haïtiens. Il y a aussi des équipes latino –américaines qui se sont jointes à eux. C’est le lieu de détente dominicale de beaucoup de gens qui ont choisi ce loisir, avant de reprendre le boulot le lundi matin.
ENTRAINEURS / ARBITRES / PHYSIOTHERAPEUTES .
Le Québec a pu bénéficier du savoir-faire de nombreux entraîneurs d’origine haïtienne. On peut citer Gaspar D’Alexis qui avait fondé un club de jeunes footballeuses, Fritz Chancy , Jean-Claude Fonrose en première division amateur .Le cas des frères Toussaint est particulier . L’aîné, Claudel, a su développer le talent de jeunes Haïtiens et Québécois, dont Rudy Doliscat. Il a ensuite fondé le club Racing de Montréal. Il est devenu producteur de grands tournois internationaux de football dans lesquels ont participé des équipes de France , du Maroc , du Guatemala , du Canada , des Antilles françaises , d’Haïti…Un autre frère , Jean-Robert , a été joueur de club ,stagiaire en France ,membre de sélections juvéniles du Québec et du Canada . Devenu entraîneur il collectionne trophées et médailles. Il vient juste d’être choisi entraîneur de l’année 2004 dans la Ligue de Soccer Elite du Québec.
Quant au dernier, Pierre-Mary, et non le moindre, il est diplômé en kinésiologie . Ensuite il a obtenu une maîtrise en physiologie de l’exercice de l’Université de Montréal. Il est co-propriétaire de PERFMAX, entreprise spécialisée dans la préparation physique d’athlètes de toutes disciplines. Il est professeur au département de kinésiologie de l’U de M .Il est responsable de la condition physique des athlètes de CNHP.
Dans les autres sports d’éminents entraîneurs font la fierté de la communauté haïtienne. En basket-ball, Jean Claude Alcindor . En athlétisme, Ronald Morency est très connu. Depuis quelques années il aide la Fédération Haïtienne d ‘Athlétisme en supervisant les athlètes durant les Jeux Panaméricains, les Jeux de la Francophonie, les Jeux Olympiques.
Les sportifs haïtiens réussissent également en arbitrage, notamment en football. Jacques Casias , décédé en 2003 , a été arbitre ,puis instructeur et évaluateur . Johnny Jérôme a été le premier Haïtiano-Québécois à porter le badge de la FIFA. Guy Verna, arbitre national, pourrait lui succéder bientôt.
D’autres ont embrassé la carrière de physiothérapeute. Parmi eux on relève les noms de Djinny Petit –Frère, Frantz Gérard Romain. Mentionnons également Arthur Calixte, ancien footballeur devenu chiropraticien.
ATHLETES .
Les sportifs Haïtiano Québécois font honneur aux deux pays. Il y a eu bien sûr Arthur Calixte dans les années 1980. Il a été choisi parmi les 5 meilleurs footballeurs ayant évolué au Québec. Puis vinrent les Rudy Doliscat, Pierre Richard Thomas, Richard Pierre-Gilles,
Jean Robert Toussaint. La nouvelle génération est tout aussi fantastique : Patrice Bernier et Olivier Occéan , professionnels en Norvège et internationaux au Canada ; Josué Mayard ,professionnel à Toronto et international A avec Haïti ; Wyn Belotte , professionnel en Pologne et international canadien U-20 ; Pierre Rudolf Mayard ,international canadien U-17. Du côté féminin, soulignons la belle tenue de Myriam Gousse avec l’équipe nationale canadienne U-17 en coupe du monde.
En hockey sur glace plusieurs sont professionnels, tels que Georges Laraque, des Edmonton Oilers ; Francis Bouillon, du Canadien de Montréal … En kickboxing, Ducarmel Sirius a été longtemps champion du monde de sa catégorie. Au football canadien Patrick Dorvélus, à Montréal, Ducarmel Augustin, à Regina, sont parmi les professionnels d’origine haïtienne .En boxe, Joachim Alcine est l’étoile montante au Québec ; Jean Pascal a participé aux Jeux Olympiques d’ Athènes.
En basket-ball, Pascal Fleury, ce géant de plus de 2,00 mètres a été le premier Haïtien et le premier Canadien à jouer avec les fameux Harlem Globe Trotters. Il portait le surnom de Frenchie. Voulant participer à la vraie compétition, il est parti en Europe où il évolue présentement.
Bruny Surin sera intronisé au Panthéon des sports du Québec le 16 novembre 2004. Le journal LA PRESSE, le qualifie de sprinter hors du commun, Haïtien de naissance mais Québécois de cœur. Son palmarès:
1992: 4eaux 100 mètres aux Jeux Olympiques de Barcelone
1993: 5e aux 100 mètres et 3e au relais 4 x 100 mètres des championnats du monde
1994 : médaille d’or au relais 4 x 100 mètres aux Jeux du Commonwealth à Victoria
1995: médaille d’or aux 100 mètres aux championnats du monde en salle
1996 : médaille d’or au relais 4 x 100 mètres aux Jeux Olympiques d’Atlanta
1999 : son record en sprint de 9,84 secondes aux 100 mètres à Séville
INTEGRATION
Tous ces exploits se font en harmonie avec le reste de la population .Des amitiés se sont créées. Même des mariages entre athlètes. Par ailleurs, les plus anciens continuent de pratiquer le foot tous les dimanches pendant 12 mois. Et le plus surprenant est le vénérable Paul Lamaute qui a encore bon pied bon œil à 90 ans, toujours prêt à tirer les penalties, sa spécialité. Un exemple pour tout le Québec, comme le disait si bien le reporter de Télévision Quatre Saison, émerveillé par le surhomme.
DIFFUSION.
A Montréal, plusieurs groupes animent des émissions de radio communautaire. Mais la plus écoutée est celle de Diaspo –Sport où Jean–Claude Fonrose et Fanfan Turenne et leurs invités discute de tous les sujets concernant le sport tant haïtien qu’international. Depuis toutes ces années ils ont reçu tous ceux et celles de la communauté qui avaient quelque chose à faire ou à dire dans le domaine.