Archives du Duvalierisme | |
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| Duvalier!
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| Pourtant, de ce naufrage du Temps, par conséquent de la Vérité, quelques îlots ont surnagé. L’esprit humain, en Éthique, en Politique, en Histoire, a convenu de la permanence de quelques références et de quelques principes valables partout et en tout temps ; ils sont la basse même du vivre ensemble : « Tu ne tueras point. » « Tu ne voleras point le bien d’autrui ni celui de l’État. » « La démocratie n’est peut-être pas un système politique idéal, mais on n’a rien inventé de mieux ! » « Les gouvernements de Staline, de Hitler, de Duvalier furent des dictatures sanglantes. » « Le colonialisme est une abomination. » « L’esclavage est le mal absolu. » « La Shoah a existé. » Ce ne sont pas là des transcendances apodictiques, mais des faits contrôlables, des vérités vérifiables.
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| Nous avons retrouvé dans les archives du CIDIHCA quelques photos de la période de Duvalier le Père, le Tigre. Sur l’une d’elles, on voit le maître en action : on sait que le grand artiste aimait la photographie. Mais il en faisait un usage différent de celui de Nadar, Lewis Carroll, Cartier-Bresson ou Doisneau. Il aimait se mettre en scène, surtout quand il se faisait la main - si l’on ose dire ! - ou plus exactement quand il mettait la main à la pâte, quand il faisait du terrain, comme, par exemple, quand il interrogeait lui-même les prisonniers. Il aimait surtout réaliser des scènes qui étaient loin d’être vert tendre, et son esthétique réaliste, naturaliste, excluait le truquage, le semblant, le jeu, la mise en scène. Il voulait du réel, du spontané, de l’authentique : de vraies têtes coupées, du vrai sang, de vrais suppliciés ; comme il ne trouvait pas de têtes coupées comme ça, au premier coin de rue, pas de sang, pas de suppliciés, eh bien ! L’art autorisant tout, il faisait couper les têtes, supplicier les opposants, et les faisait photographier ensuite.
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Que Duvalier fût un tyran, que ses hommes de main, le Colonel Tassy, ophtalmologue et poète d’un genre particulier qui crevait les yeux de ses patients à l’aide d’un crayon qui ne lui servait pas, par ailleurs, à écrire des élégies ; Élois Maître, boulanger qui pétrissait la chair de ses prisonniers comme il pétrissait la pâte de son pain ; Luc Désir qui avait affiché à la porte de son bureau : « Si vous êtes ici, c’est que Dieu vous a oublié », formule aussi dévastatrice que le « Vous qui entrez, abandonnez toute espérance. » épinglé au sommet de la porte de l’Enfer ; Ti-Boulé, restaurateur qui gavait, à la pointe de son revolver, ses clients comme le fermier gave ses oies ; Mesdames Max Adolphe et Sanite Balmir qui voulaient prouver que les femmes sont les égales des hommes y compris dans l’exercice de la cruauté ; Zacharie Delva, proconsul de l’Artibonite et fauteur d’horreur ; les Boss Peintre, les Ti-Bobo, les Pelota Giordani, les Charlotin Saint Fort, les Ti-Kabiche, etc., etc., et j’en passe, la liste est interminable : que ces bourreaux, ces macoutes, aient existé, qu’ils lugubrent encore nos mémoires, qu’ils aient marqué le corps de beaucoup de parents, d’amis, de connaissances, de Haïtiens, voilà, assurément, qui ne fait pas de doute pour ceux, et ils sont légion, qui en ont été les victimes ou, simplement, qui les ont vus à l’œuvre. On disait à l’époque, on dit toujours : « Quelle famille haïtienne n’a pas un parent tué ou torturé par Duvalier ? » Ces victimes sont là, (celles qui sont encore vivantes…), elles peuvent témoigner. Fort Dimanche ! (« Fort Dimanche, Fort la mort » : c’est le titre d’un ouvrage de Patrick Lemoine.) La Cafétéria qui déclinait un menu riche en épouvantes ! Les caves du Palais ! Les annexes du Palais ! Cette topographie de la douleur est connue.
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Les exilés, les réfugiés de la mer ! Tous ces paysans, tous ces intellectuels, tous ces membres de l’élite haïtienne contraints d’abandonner leur situation et de partir pour l’Étranger ! Des forêts abattues pour soi-disant empêcher l’infiltration des guérilleros ! Oui, Duvalier fut un tyran, l’un des plus grands. Un titan parmi les tyrans ! Nous devons nous rappeler cette vérité, ne serait-ce que par respect pour les morts et les suppliciés. La plasticité de l’Histoire a ses limites.
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