Gauche haïtienne |
||
|---|---|---|
|
||
|
Adrien Sansaricq Laforest arriva à
Cuba attiré par la Révolution, qui avait triomphé en 1959; il partit
pour le Congo avec le commandant Ernesto Che Guevara et mourut dans son
pays natal, Haïti, dans la lutte contre le dictateur François Duvalier.
|
|
|
|
Une fois diplômé en médecine, il n’était pas astreint
à accomplir le service social en milieu rural, comme ses collègues
cubains. Mais il exigea de pouvoir aller là où il le fallait et il fut
envoyé dans la Sierra Maestra, du côté de Perseverancia et de Santo
Domingo, pour soigner les paysans. Étant donné les conditions sociales
et les violentes séquelles qu’avait laissées la guerre contre le tyran
Fulgencio Batista, certains habitants des lieux avaient coutume de
résoudre leurs problèmes de façon tout aussi violente, et c’est ainsi
qu’à cause de différends entre eux et le médecin en poste antérieurement
ils avaient mis le feu à ce qui faisait office de clinique. L’occupant,
qui heureusement ne s’y trouvait pas, dut partir précipitamment.Pour
parvenir à l’endroit en question, à cette époque, il était nécessaire de
traverser des rivières en crue, des chemins impraticables. Le transport
par excellence, pour ne pas dire l’unique, se faisait à dos de mulets
qui transportaient les produits de et vers cette région montagneuse. Adrien partit pour la Sierra Maestra, fit les consultations sous un arbre ou ailleurs, suivant le cas; il gagna l’amitié et le respect de ces farouches paysans, autrefois si chatouilleux. Pendant une année il remplit sa tâche de médecin dans ces difficiles conditions.
Nous ne pouvons affirmer s’il fut membre ou non du
Comité central du Parti communiste haïtien, mais nous pouvons certifier
qu’en 1965 il était militant du Parti communiste cubain, c’est-à-dire
l’un des premiers, car c’est en cette année-là que fut constitué le
Comité central du Parti.
|
||
|
|
En 1965 le commandant Ernesto Che Guevara arriva au
Congo avec un groupe de guérilleros et l’idée de former une armée
révolutionnaire avec les Simbas et d’autres ethnies de la région. Tatu,
qui signifie trois en swahili, fut le nom de guerre qu’il adopta. Les
noms étaient donnés suivant l’ordre d’arrivée et bien qu’il fût parmi
les premiers, il réserva les deux nombres antérieurs pour ses compagnons
Víctor Dreque et José M. Martínez qui l’accompagnaient. À ce groupe révolutionnaire se joignait Adrien au mois de septembre, approximativement cinq mois après l’arrivée du Che. Son incorporation était principalement due à sa qualité de médecin, tâche qu’il alternait avec celle de traducteur grâce à ses connaissances du français. Le lac Tanganika est frontalier de plusieurs pays africains. Pour arriver au Congo par la voie qu’empruntèrent les guérilleros, il était nécessaire de parcourir d’abord de grandes distances par terre en Tanzanie et d’atteindre ensuite l’important port de Kigoma, à partir duquel ils s’embarquèrent pour traverser sur une distance d’environ 70 kilomètres l’immense étendue d’eau, voyageant presque toujours de nuit pour tromper la vigilance de l’ennemi, et risquant en maintes fois de faire naufrage, étant donné la fragilité des embarcations et des eaux agitées du lac. |
|
|
Avant d’arriver à Kigoma, en territoire tanzanien, il
existe un village appelé Kasulu, et sur l’autre rive, au Congo, il en
existe un autre du même nom. Ce fut le nom de guerre assigné par le Che
à Adrien Sansaricq: Kasulu dans la guérilla. Au début on avait utilisé
les chiffres par ordre d’arrivée, mais par la suite on prit des noms de
localités comme dans le cas de Fizi, le médecin Diego Lagomasino qui
allait aussi prendre part aux événements et qui nous a relaté ces
détails. Il est fort probable que
l’utilisation de noms de villages était influencée par une telle
pratique dans la Sierra Maestra, bien que là ce fut la provenance des
combattants qui était prise en considération. |
||
|
|
Il est évident que sa participation dans la guérilla
zaïroise avait raffermi et préparé Sansaricq pour le but que comme
révolutionnaire il s’était fixé. Au cours de son court séjour en Afrique
en compagnie du Che, il fit montre de qualités exceptionnelles et l’on
peut dire qu’il gagna l’estime d’un homme aussi exigeant que l’était
Ernesto Guevara qui, lui, faisant une évaluation des événements,
s’exprimait ainsi : (p.222) |
|
|
Le Che ajoute sur une autre page de son journal : «
(…) un médecin haïtien, Kasulu, qui nous fut d’une grande utilité (sans
vouloir discréditer sa science, il nous fut plus utile pour sa maîtrise
du français que pour ses connaissances médicales) .» Avec la ferme volonté de continuer la lutte partout où ce serait nécessaire, Adrien revint d’Afrique. Il ne resta que peu de mois à La Havane où il se maria et, vers le mois de mai il disparut. La dernière fois qu’il rendit visite au docteur Zerquera, Kumi, il ne fit mention d’aucun plan, mais l’intuition de l’ami médecin lui fit comprendre que ce n’était point là une visite quelconque; il avait habité dans cette maison, il n’y avait pas si longtemps, pendant un mois, et Zerquera le connaissait bien. Sans doute est-ce pourquoi il n’y eut pas de troisième accolade qui, outre l’émotion, l’aurait trahi. Tout simplement il disparut et s’en alla remplir son devoir. En 1968 il retourna dans sa patrie. Nous ignorons les détails des événements en Haïti. Cela va de soi que Sansariq s’y joignit à d’autres révolutionnaires pour organiser la lutte. Un jour où étaient réunis les dirigeants du Parti communiste haïtien dans la clandestinité, dans un lieu secret non loin de Pétionville, ils furent dénoncés par un traître qui, jusqu’à ce moment-là, occupait le poste de responsable de la Commission militaire du Parti. Cet individu, du nom de Frank Essalem, avait évidemment été recruté par un appareil de renseignements beaucoup plus puissant que les services secrets de Duvalier. |
|
|
|
Une fois réactivé le Parti communiste haïtien, ses
membres avaient effectué des actions politiques et militaires d’une
certaine importance, mais le groupe révolutionnaire fut contrôlé par un
agent qui connaissait très bien l’organisation et les mouvements de ses
principaux dirigeants. L’information concernant la tenue de cette
réunion, qui était connue et jusqu’à un certain point coordonnée par
Frank Essalem, fut transmise aux tontons macoutes. Ces derniers
encerclèrent la maison et ordonnèrent à ses occupants de se rendre. Se
rendre signifiait la torture et finalement la mort. Ils décidèrent de
combattre. Les soldats de Duvalier disposaient de bonnes armes, dont un
char de guerre qui bombarda l’endroit. Les révolutionnaires encerclés tombèrent au cours de cet affrontement inégal qui dura des heures. Parmi eux se trouvait un jeune frère d’Adrien, nommé Daniel, qui s’était préparé en République dominicaine et s’était joint au reste du groupe pour mener la lutte en Haïti. Adrien parvint à sortir de la maison mais il fut intercepté alors qu’il se dirigeait vers Port-au-Prince et fut tué. Quelque temps après ses compagnons de l’Université de La Havane, ses patients de La Sierra Maestra et les combattants de la guérilla en Afrique apprirent qu’il était tombé en combattant. Il fut un lien entre l’Afrique, Haïti et Cuba, un cri de combat contre l’oubli (2). |
||
|
Notes Ernesto Che Guevara, Pasajes de la guerra revolucionaria. Congo, Madrid, Editorial Grijalbo-Mondadori. (Pour l’édition française : Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo, Paris, Éditions Métailié, sept. 2000.) NdlT Pour ces notes nous avons conversé avec les personnes suivantes : Rafael Zerquera Palacios, Kumi; Diego Lagomasino Comesana, Fizi; Héctor Vera Acosta, Hindi; Arquímedes Martínez, Agano, tous les quatre médecins dans la guérilla; Carlos Miyares Rodríguez, médecin militaire retraité qui connut Adrien étudiant; Humbert Dorval, diplomate et dirigeant du PCH; Narcizo Isa Conde, secrétaire du Parti Fuerza de la Revolución en Rép. Dominicaine. (A) Adrien avait dû rester, lors de cette visite, à Cuba où il compléta ses études en médecine commencées au Mexique depuis son départ d’Haïti en 1957. NdlT. |
||