Tontons Macoutes et Fillettes Lalo

    À René Depestre

Tonton Macoute

Espèce canine

répandue en Haïti à l’époque

quadrupède.

Exemplaire trouvé dans l’étable

présidentielle parmi les ruines

 envahies d’herbes du palais

(Port-au-Prince)

Lors d’une émeute populaire

on lui a enlevé la patte gauche

en face du Champ de Mars.

Il lui reste peu de jours à vivre

en raison du coup de machette

qui lui a ouvert le front.

On lui prépare une vitrine

au musée d’histoire naturelle.

                              Nicolas Guillen.

 

* Tonton Macoute : tonton=  oncle ; macoute sorte de havresac en paille tressée en usage dans les campagnes d’Haïti. Autrefois un tonton macoute était un croquemitaine dont on menaçait les enfants haïtiens  pour les effrayer. Le peuple d’Haïti désignait ainsi les membres de la sinistre police politique du tyran François Duvalier. (Note du traducteur.)

 

Cliquez ici pour voir la vidéo du Défilé Macoute

 

 

 

Les Tontons macoutes et les Fillettes Lalo de François Duvalier

 

 

Les images de cette exposition nous ramènent à une époque troublée de notre histoire, à un moment où des tentatives  de réécriture de l’histoire visent à banaliser la période de la dictature de François Duvalier. Il est nécessaire de se souvenir non seulement pour les victimes des macoutes, mais aussi pour ceux qui sont nés après et n’ont pas connu cette période, ceux pour qui ces images seront indispensables mais nécessairement insuffisantes.

Ces photos tirées de la collection du Cidihca, ont en effet quelque chose de gênant, si elles dérangent c’est que le Duvaliérisme nous reste encore sur les bras.

 

L’imaginaire est constituant de tout pouvoir. En désignant les volontaires de la sécurité nationale créée par François Duvalier en 1959 sous le vocable de Tontons Macoutes et de Fillettes Lalo, le petit peuple ne s’est pas trompé. Le VSN prenait le  relais de figures de la mythologie haïtienne. Macoutes et fillettes Lalo sont des figures du mal, emblèmes de ce que trame le destin contre nous. À revoir ces images, il nous est resté quelque chose de cette malédiction. En effet, le phénomène du macoutisme relève d’un espace maudit où sont remis en cause les principes d’organisation de la société. Chef tout puissant, François Duvalier leur avait livré le pays, pas une section rurale, pas un quartier populaire où ils ne sévissaient.

 

Au macoute, cet être de terreur, notre imaginaire a conféré la dimension mythique du mal.

Le macoute est porteur de mort et de violence. La présence du macoute génère la peur, il est le terrifiant porteur de la fatalité. Le dictateur avec ses parades de macoutes imposait dans l’imaginaire populaire  la représentation d’un pouvoir indestructible. Les défilés de macoutes avaient pour fonction de faire croire à la force du régime, car le pouvoir au-delà de ses aspects matériels est aussi mise en scène, théâtre, illusion. C’est là un des fondements du pouvoir de François Duvalier. La coutume de voir le dictateur accompagné de ses macoutes devait inspirer le respect.

 

Ces photos, en les regardant avec la distance que nous donne le temps, nous montrent le misérabilisme de tous ces petits chefs qui nous faisaient trembler. S’il nous faut explorer cette période, c’est qu’il faut errer dans les décombres du duvaliérisme pour que les ombres des macoutes cessent enfin de nous hanter.

 

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